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 Rencontre autour de Frantz Fanon le 12 avril 2007

 

à la salle Mohamed Zinet à Riad el Feth

 

 

La séance, coordonnée par Amina Azza-Bekkat, a pu se dérouler devant une assemblée d’une quarantaine de personnes.

 

Elle a été ouverte par le Pr. Bensemane de l’Université d’Alger-Bouzaréa qui, en s’appuyant sur le « Portrait » d’Alice Cherki (Le Seuil, 2000) et d’autres documents, a retracé les étapes principales de la vie de Fanon.

Nous ne reproduisons ci-dessous qu’une bio-bibliographie très condensée puisque cette information peut être complétée par les lectures de chacun.

 

 

■Frantz FANON est né le 20 juillet 1925 à Fort-de-France (Martinique), troisième d’une famille qui comptera huit enfants. Il fait ses études secondaires au lycée Schoelcher où Aimé Césaire devient, par le biais de son frère Joby puisqu’il ne suit pas directement ses cours, son enseignant. En 1943, il part en dissidence, par l’île voisine de la Dominique, pour rejoindre les Forces Françaises Libres : il arrive au Maroc, puis en Algérie et enfin débarque à Toulon. Il est blessé en traversant le Rhin. Cette participation marque la fin de ses illusions  quant à la « Mère Patrie ». Après sa démobilisation et sa réussite au baccalauréat en Martinique, il s’inscrit en médecine à Lyon. Il obtient un diplôme de médecine légale et de pathologie tropicale, se spécialise en psychiatrie et passe une licence de psychologie. Il se marie en 1952. Il choisit d’aller à Saint-Alban comme interne dans le service du Dr. Tosquelles, républicain espagnol exilé car il sait qu’on y expérimente des méthodes nouvelles en psychiatrie. Il présente le concours du médicat des hôpitaux psychiatriques. Il fait alors une demande pour un poste en Afrique (Sénégal), puis en Algérie. C’est dans ce pays qu’il est nommé, en novembre 1953, médecin-chef à l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville : il y transforme la vie des malades et prend la mesure des profonds traumatismes qu’engendre le régime colonial. Le chanteur chaâbi, Abderrahmane Aziz, collabore avec lui auprès des malades. Il a très vite des contacts avec des militants nationalistes de la base. Dès 1954, il héberge, cache des militants, des responsables de la Wilaya IV. En juillet 1956, il envoie une lettre de démission à Robert Lacoste, ministre résident en Algérie. Il est expulsé d’Algérie. Les contacts sont pris avec la direction de la résistance algérienne ; il rejoint Tunis, s’engageant totalement dans ce combat qu’il fait sien, en tant qu’Algérien, choisissant l’Algérie comme patrie. Il travaille au département Information à Tunis avec Abane Ramdane. Il fait de brefs séjours au Maroc. Il est membre de la rédaction d’El Moudjahid, tout en continuant à exercer la psychiatrie. En janvier 1960, le GPRA le nomme représentant à Accra : il effectuera différentes missions en Afrique. En décembre 1960, il se sait atteint d’une leucémie mais ne ralentit pas pour autant ses activités. Il meurt le 6 décembre 1961 aux Etats-Unis. Selon son vœu, son corps est ramené à Tunis et enterré en terre algérienne. De février à mai, il a écrit Les Damnés de la terre qui paraissent, à Paris, juste avant sa mort.

Ses ouvrages publiés : Peau noire, masques blancs (Le Seuil, 1952), L’An V de la Révolution algérienne (Sociologie d’une révolution, Maspero, 1959), Les Damnés de la terre (Maspero 1961, avec une préface de Jean-Paul Sartre), Pour une révolution africaine (Maspero, 1961, textes rassemblés après sa mort).

Ces ouvrages ont eu plusieurs rééditions et traductions dans de nombreuses langues.■

 

Après cette introduction nécessaire, Amina AZZA-BEKKAT a tracé l’intérêt que pouvait avoir pour l’Association, cet hommage et cette rencontre autour de Frantz Fanon. Voici le texte de cette intervention.

 

De la Caraïbe à la Méditerranée

Histoires de cousinages

 

Il y a loin de la Caraïbe à la Méditerranée, un rêve à vol d’oiseau, un rapprochement que seule l’imagination peut réaliser et pourtant… C’est bien d’Afrique, du sud de cette Méditerranée, que sont partis, enchaînés dans les cales des négriers, ceux qui constituent aujourd’hui la plus grande partie des populations des Caraibes et c’est de l’Afrique toujours qu’ils ont douloureusement rêvé dans leurs complaintes et leurs désirs de retour aux origines. Daniel Maximin, poète antillais, nous dit bien cette histoire de cousinages, où les sources culturelles échappent aux frontières des couleurs et langages :

 

« Méditerranée et Caraïbe, deux mers, deux centres du monde, où le monde entier s’est donné rendez-vous. C’est sans doute ce qui cimente nos fraternités. La Caraïbe et la Méditerranée sont pour moi sœurs sur la terre, par la rencontre entre elles de trois ou quatre continents, pour faire une île ou édifier une ville.

La Méditerranée, si anciennement métisse, féconde d’invasions transcontinentales, aussi à la naissance de trois grandes religions dont la force centrifuge a répandu dans le monde tant le sel que les larmes.

La Caraïbe qui fait se rencontrer l’Europe, l’Asie et l’Afrique en Amérique, dans cette civilisation de la plantation, ce « paradis raté » qui va de la Nouvelle Orléans jusqu’à Bahia en passant par notre chapelet d’îles qui constituent autant d’arches de Noé…

D’où la vitalité des soifs de cousinage avec le monde entier, la conscience des voisinages, qui font que des écrits algériens ou antillais, de Césaire ou Camus, de Mimouni ou Djaout, de Kateb ou Zobel, de Swartz-Bart ou Placoly, se particularisent et ressemblent par le naturel de leur vocation à l’universel. Comme si dans ces lieux, les sources culturelles naviguaient en eaux profondes, échappant aux frontières des couleurs et des langages, aux rives du temps et des croyances, en dépit des différences embarquées.

Avec de plus des métissages de géographies à tous les horizons de leurs mers intérieures, une synthèse de paysages du volcan à la plage, de l’île à la ville, de sécheresse en déluge, de séisme en bonace, de sel et de soleil, qui réunissent encore par la commune variété des décors, leurs connivences sous-marines trop méconnues… »

 

Frantz Fanon est bien cet homme qui parti d’une île enfermée dans son Histoire et ses contraintes, devient ce révolutionnaire complètement impliqué dans la cause algérienne et clamant fort son désir d’égalité pour tous les colonisés. Lorsqu’il naît en Martinique, à Fort de France plus précisément, le 20 juillet 1925, dans une famille de petite bourgeoisie aisée, l’île est soumise à la plus stricte des hiérarchies, construite sur la richesse du patrimoine et surtout la couleur de la peau. Sa mère est une mulâtresse, descendante d’une famille alsacienne. Son père Casimir Fanon est inspecteur des douanes. Une famille qui, sans être riche, n’est pas dans le besoin. Il est le cinquième de huit enfants, dont six vivants, quatre fils et deux filles. Il parle peu de sa famille et Alice Cherki souligne que ce n’était sans doute pas le préféré de sa mère car « il n’avait pas ce fond imperceptible et réel de sérénité des fils inconditionnellement soutenus par une mère aimante. »[1] 

Aux Antilles la situation économique est critique. Aimé Césaire la décrit ainsi dans Le cahier d’un retour au pays natal[2] :

 

« Au bout du petit matin bourgeonnant d’anses frêles, les Antilles qui ont faim, les Antilles grêlées de petite  vérole, les Antilles dynamitées d’alcool, échouées dans la boue de cette baie, dans la poussière de cette ville sinistrement échouées. »

 

Et dans cette Martinique qui porte dans ses profondeurs, en nostalgie de l’Africa mater, , un fleuve de tourterelles et de savanes à hauteur inverse du vingtième étage[3], comme le dit Césaire, une organisation cruelle condamne les plus démunis. Il y a d’abord les « békés » descendants des blancs créoles qui détiennent toutes les richesses du pays. Ils sont environ deux mille. Ils vivent à part et on les désigne par le « les dix familles » et … il y a les autres qui sont sans doute la vraie Martinique .Une blessure marque ces hommes :

 

« Pensez au type enlevé en Afrique, transporté à fond de cale, enchaîné, battu, humilié :on lui crache à la face et cela ne laisserait aucune trace ? »

 

s’indigne Aimé Césaire dans un entretien avec Françoise Vergès[4]. Cette discrimination fondée sur la couleur de la peau et le lointain héritage laissé par les Blancs, le souvenir douloureux de la Traite, cette différenciation si totalement injuste, devaient sans doute marquer Frantz Fanon comme ils marquèrent l’inconscient collectif de toute la population. En 1943, Fanon est trop jeune pour suivre les cours de philosophie donnés par Aimé Césaire en terminale mais son ami Manville en parle de façon tellement élogieuse qu’il ne peut manquer d’être influencé. C’est plus tard en 1945 qu’il sera son élève, après la guerre.

Fanon et quelques amis de son âge s’engagent dans le bataillon cinq pour combattre le nazisme , malgré l’inquiétude de leurs parents et la réticence de leurs professeurs. A l’un d‘eux qui lui conseille de laisser les Blancs se débrouiller entre eux, Fanon réplique :

 

« Chaque fois que la dignité et la liberté de l’homme sont en question, nous sommes concernés. Blancs, Noirs ou Jaunes, et chaque fois qu’elles seront menacées en quelque lieu que ce soit, je m’engagerai sans retour. »[5]

 

Peu de temps après, la déception est grande. « Je me suis trompé », écrira-t-il à sa famille. Alors qu’il croyait combattre le nazisme et œuvrer pour la liberté, il ne rencontre que de sordides calculs, et une discrimination honteuse entre les soldats, les tirailleurs sénégalais étant placés tout au bas de l’échelle. Son désir de lutter pour la liberté n’en sera que plus fort. Comme le dit le poème de Jacques Roumain qu’il cite en référence :

 

« Afrique, j’ai gardé ta mémoire Afrique

Tu es en moi

POURTANT

Je ne veux être que de votre race

Ouvriers paysans de tous les pays…

…ouvrier blanc de Détroit péon noir d’Alabama

Peuple innombrable des galères capitalistes

Le destin nous dresse épaule contre épaule

Et reniant l’antique maléfice des tabous du sang

Nous foulons les décombres de nos solitudes

……

nous proclamons l’unité de la souffrance

et de la révolte

de tous les peuples sur la surface de la terre.. »[6]

 

Et toujours ce désir d’universalité, « je me sens une âme aussi vaste que le monde »

Son arrivée en Algérie en 1953 et son engagement total pour la Révolution Algérienne vont lui donner l’occasion d’exprimer ce désir d’universalité.

Il y trouve un monde fondé sur l’évidence d’« une ségrégation tranquille ». Il est d’abord confronté au milieu européen dont faisaient partie les psychiatres puis il est mis en face, au hasard des consultations et des contacts qu’il tisse, de la réalité coloniale.

Il découvre une société structurée, compartimentée :

 

« La zone habitée par les colonisés n’est pas complémentaire de la zone habitée par les colons. Ces deux zones s’opposent, mais non au service d’une unité supérieure. Régies par une logique purement aristotélicienne, elles obéissent au principe d’exclusion réciproque: il n’y a pas de conciliation possible, l’un de ces termes est de trop. La ville du colon est une ville en dur, toute de pierre et de fer. C’est une ville illuminée, asphaltée où les poubelles regorgent toujours de restes inconnus, jamais vus, même pas rêvés. (…) la ville du colon est une ville repue, paresseuse, son ventre est plein de bonnes choses à l’état permanent. La ville du colon est une ville de blancs, une ville d’étrangers.

La ville du colonisé, ou du moins la ville indigène, le village nègre, la médina, la réserve est un lieu mal famé, peuplé d’hommes mal famés. On y meurt n’importe où, de n’importe quoi. C’est un monde sans intervalles, les hommes y sont les uns sur les autres, les cases les unes sur les autres. La ville du colonisé est une ville affamée, affamée de pain, de viande, de chaussures, de charbon, de lumière. La ville du colonisé est une ville accroupie, une ville à genoux, une ville vautrée. C’est une ville de nègres, une ville de bicots[7].

 

 La Révolution algérienne, commencée le premier novembre 1954, dresse les Algériens qui se battent poings nus contre le colonialisme français. C’est en tant que médecin que Frantz Fanon est contacté par des amis qui cherchent un psychiatre pour soigner les combattants qui souffrent de troubles mentaux. On connaît ses positions anticolonialistes. Fanon aide d’abord en tant que médecin et peu à peu durant les années qui suivent les demandes se font diverses : besoin d’hébergement et de convois pour els militants, les tracts, les armes.

Fanon s’implique de plus en plus dans la Révolution algérienne et en décembre 1956 il rencontre  deux de ses dirigeants, Abbane Ramdane et Benkhedda. Il décide de démissionner de son poste à l’hôpital de Blida et en retour, il reçoit un arrêté d’expulsion. Trois ans de vie en Algérie, venant d’une société inégalitaire pour arriver dans une autre encore plus injuste subissant l’oppression coloniale, le déclenchement d’un mouvement de libération qui devait aboutir à l’ indépendance, toutes ces expériences vont forger sa pensée. Dans Racisme et culture, communication présentée au Premier Congrès des écrivains et artistes noirs qui s’est tenu à la Sorbonne en juillet-août 1956, il dénonce les dangers d’une culture, figée,  « enkystée » sous l’oppression coloniale. Kateb Yacine dans Nedjma et Le cadavre encerclé ne dira pas autre chose[8].

Fanon arrive à Paris où il reste peu de temps, avant de rejoindre le FLN à Tunis, autre ville de la Méditerranée. Il est immédiatement intégré par Abbane dans le service de presse et devient alors officiellement membre du FLN et bientôt son porte parole. Il collabore régulièrement au journal du FLN, El Moudjahid.

Mais en 1960, une maladie terrible se déclare : une leucémie myéloïde. Il s’attelle à la rédaction de son dernier livre Les Damnés de la terre. La nouvelle de sa maladie crée un grand émoi parmi les Algériens qui tentent de le faire soigner à Moscou d’abord puis à Washington où, malgré tous les efforts déployés, il meurt le 6 décembre 1961 dans ce pays qui pour lui était le symbole du néocolonialisme. Une lettre écrite à l’un de ses amis décrit son état d’esprit :

 

« Nous ne sommes rien sur terre si nous ne sommes d’abord les esclaves d’une cause, de la cause des peuples, la cause de la justice et de la liberté. Je veux que vous sachiez que même au moment où les médecins avaient désespéré, je pensais au peuple algérien, aux peuples du Tiers Monde et si j’ai tenu, c’est à cause d’eux. »[9]

 

Son corps est transporté de Tunisie par quinze soldats de l’A.L.N. dans une longue marche à travers la forêt et, selon son souhait, il est inhumé en terre algérienne à Aïn Kerma.

Ainsi celui qui avait quitté sa terre natale, la Martinique, pour combattre aux côtés des militants de la cause algérienne, devait reposer sur les bords de cette Méditerranée qu’il avait rejointe dans son combat pour l’égalité des hommes.

 

On ne saurait conclure cette brève présentation sans dire quelques mots sur ce qu’il nous reste de lui maintenant que La Révolution est entrée dans l’Histoire. Quelques textes, beaux, forts, trop peu sans doute car il n’a pas eu le temps, pas eu le temps d’écrire pris par ses nombreuses tâches de psychiatre, de journaliste, d’ambassadeur, pas eu le temps car le destin et la maladie en ont décidé autrement. Une telle force de travail surprend, un acharnement aussi combatif déroute :

 

« Dans quelle étoffe a-t-il bien pu tailler son existence, avec quelle puissance a-t-il bandé son arc, quand nous nous sentions chaque jour un peu plus défaits un peu moins efficaces, et qu’au bout de nos faibles bras pendaient en vain nos armes dérisoires ? du bulletin de vote à la valise, de l’action légale à l’action clandestine, du meeting à la désertion, toutes ont été brandies, toutes ont fait long feu. »

 

écrit Francis Jeanson dans la post face à Peau noire, masques blancs[10].car comment ne pas admirer ce courage et cette détermination qui s’expriment à corps perdu dans un style inimitable ?

 

 Je voudrais revenir sur quelques conseils qu’il donnait à ses malades de Blida dans Notre journal , petite publication hebdomadaire qui devait servir à « socialiser » ces reclus, les malades mentaux qui étaient coupés du monde, et les aider à reprendre goût à la vie.

 

« Ecrire est certainement la plus belle découverte car cela permet à l’homme de se souvenir, d’exposer dans l’ordre ce qui s’est passé et surtout de communiquer avec les autres, même absents », disait-il le 24 décembre 1953 dans le premier numéro de Notre Journal.

 

Communiquer avec les autres par-delà les barrières, par-delà la mort. Son style si percutant nous touche tant d’années après, car il témoigne d’une passion intacte, d’une colère vibrante qui rend ses appels vrais, sa violence juste, ses courroux redoutables. Ce  « Paraclet laïque » pour reprendre les mots de Césaire, était un véritable écrivain et il nous reste encore à le découvrir. Un texte inédit[11] montre bien comment il veut forcer les mots pour les faire résonner de sens :

 

« Pour cela, j’ai les mots-arcs, mes mots-balles, les mots-cri, des mots transporteurs d’ions

Des mots qui soient des mots (…) car les mots doivent être agiles, malins. Ils doivent se présenter, s’évade,  faire de l’œil, s’évanouir.

Il me faut des mots qui ont des bottes de sept lieux.

Des mots ? Mais des mots couleur de chair trépidante.………….

des mots couleur de montagne en feu

des villes en feu

Les mots ressuscités. »

 

Ressuscitons les mots de Fanon, Lisons-le et faisons-le lire pour que son nom perdure parmi nous, nous qui avons une si grande dette envers lui. ■

 

La rencontre s’est poursuivie avec la projection du film de Cheikh Djemaï, introduit par Christiane Chaulet Achour.

 

Ce documentaire a été réalisé en 2001 (Les productions de la Lanterne/RFO) avec différents partenaires [CNC, Ministère des AE, Secrétariat d’Etat à l’Outre-mer, Conseil Régional de la Guyane, Conseil Régional de la Martinique, Ville de Sainte-Anne (Martinique), Ville du François (Martinique), Canal+Horizons, TV5, Histoire]. Il dure 52mn.

 

Le réalisateur et scénariste le présente ainsi : « C’est l’évocation d’une vie aussi brève que dense. Une rencontre avec une pensée fulgurante, celle de Frantz Fanon, médecin psychiatre d’origine Antillaise qui va penser l’aliénation du peuple noir. C’est l’évocation d’un homme de réflexion, qui refuse de fermer les yeux, de l’homme d’action qui s’est dévoué corps et âme pour la lutte de libération du peuple Algérien et qui deviendra par son engagement politique, son combat, et ses écrits, l’une des figures de la lutte anticolonialiste.

Avant d’être emporté à l’âge de 36 ans par une grave maladie (une leucémie le 6 décembre 1961), loin de sa Martinique Antillaise ».

 

Cheikh Djemaï a réalisé plusieurs documentaires sur certains pans de l’Histoire algérienne et/ou française. Le dernier, en 2006 est : Nanterre, une mémoire en miroir. Il a aussi réalisé : La mémoire retrouvée « onze du FLN », Paroles d’exil, Mémoire du voyage, Charbonniers de surface, La nuit du doute (fiction) et Le Liban, le regard des peintres.

 

Ouvrant le documentaire par le cimetière d’Aïn Kerma avec d’anciens moudjahids et des écoliers, le documentaire choisit de retracer le parcours de F. Fanon, en privilégiant son engagement militant – plus que l’exercice de son métier de psychiatre -, et en le faisant par des entretiens réalisés auprès de personnalités antillaises, algériennes et françaises. Le rythme adopté est très prenant. Sans sacrifier l’émotion inévitable dans ce type de reconstitution, Cheikh Djemaï offre une reconstitution de grande qualité, sans pathos excessif et avec beaucoup d’informations et en ménageant des questions avec lesquelles le spectateur peut repartir pour aller, à son tour, interroger la trajectoire si singulière de cet homme exceptionnel.

 

Le débat qui a suivi la projection a été constructif, serein et enrichissant avec les interventions, en particulier, de Pierre et Claudine Chaulet ainsi que celle de Si Mohammed Baghdadi qui a évoqué la rencontre de Naïrobi en janvier 2007 et les prolongements qui vont être donnés à ce Forum Social Mondial en Algérie, autour de F. Fanon.


 

[1] Alice Cherki, Frantz Fanon, portrait, Paris, Seuil, 2000,p. 17

[2] Aimé Césaire, Cahier d’un retour au pays natal, Paris, Bordas, 1947. Présence Africaine,1956. C’est cette dernière édition qui est citée.

[3] Ibidem p.29

[4] Aimé Césaire, Nègre je suis, nègre je resterai, entretiens avec Françoise Vergès, Albin Michel, 2005 p.29

[5] Cité par Marcel Manville, in Alice Cherki, op. cit. p.22

[6] Jacques Roumain, Bois d’ébène, prélude, cité par Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs, Paris, Seuil, 1952, pp 129-130

[7] Frantz Fanon, Les Damnés de la terre, Maspero, 1961, Folio Gallimard, 1991, pp. 69-70.

[8] Analyse empruntée à Alice Cherki, op. cit. p. 127 et sq

[9] cité par Alice Cherki, op. cit. p.237.

[10] op. cit. p. 209

[11] Dans Joby Fanon, Frantz Fanon – De la Martinique à l’Algérie et à l’Afrique, L’Harmattan, 2004 – Préface de

Roland Suvélor, p.141.

       

                                                          

Les peuples n’existent que par leur mémoire