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Conférence de Naget Khadda du Jeudi 27/09/07 à la salle Zinet Riad El Feth Alger  portant sur

"Mohammed Khadda ou la peinture rendue à sa plus lointaine mémoire"

 

Notre association a organisé une rencontre avec Madame Naget Khadda professeure à l’Université d’Alger et à l’Université de Montpellier. Elle était présentée par Madame Amina Bekkat, professeure à l’Université de Blida. La conférence qui s’est tenue le 15ème jour du ramadhan s’est déroulée dans une ambiance familiale ce qui n’enlevait rien à la qualité de la présentation. Naget Khadda a montré avec beaucoup de clarté comment le peintre a puisé son inspiration dans le sol algérien et dans la mémoire maghrébine. L e compte rendu qui suit a été préparé par Amina Bekkat à partir  des notes de Naget Khadda et de lectures complémentaires.

 

 

Mohammed Khadda (1930-1991)

 

Mohammed Khadda eut une enfance difficile, marquée par une mémoire tragique.  Descendant de propriétaires terriens dépossédés de leurs biens, petit-fils d’un fermier condamné au bagne pour avoir éliminé le colon qui l’avait spolié de ses terres, il a été pétri de tous ces drames. De plus, ses deux parents, père et mère étaient aveugles et il aiguisa son regard par instinct de survie. Khadda craignait les biographies et imaginait par avance ce que les critiques ne manqueraient de dire à son sujet, les explications réductrices et romanesques qui mettraient en avant la cécité de ses parents et son regard aigu sur le monde comme une revanche sur le sort. Mais comment taire cette réalité qui le fit, enfant déjà, les yeux de ses plus  proches ?

Il connut la précarité et la faim et ne put poursuivre ses études malgré l’insistance de son instituteur, car il fallait aider la famille et se mettre à travailler. Après le certificat d’études , il entre donc en apprentissage chez un imprimeur. Très vite il se passionne pour son métier de typographe et la diversité des caractères et des polices ce qui apparaîtra clairement dans son œuvre. Une visite aux Beaux Arts en 1948 le confirme dans son désir de devenir peintre. En 1952, il « monte » à Paris en compagnie de son ami Abdellah Benanteur. A Paris, il découvre les différentes tendances de l’art moderne , en même temps qu’il se forge une culture générale et picturale. En 1963, il rejoint Alger « une fois la paix gagnée »selon sa propre expression. Ce sont des moments d’espoir intense et de promesses pour le futur et il écrit dans le prologue à Eléments pour un art nouveau (UNAP, 1972): Si l’indépendance est le sol enfin acquis, la terre brûlée redevenue féconde, c’est aussi et surtout la libération de l’esprit. Les êtres et les choses reprenant leurs fonctions, Khadda désire, quant à lui, faire œuvre utile en quêtant une audience pour la peinture algérienne qui en est à ses premiers pas. Tous ses efforts tendront vers ce but.

 

Naissance de la peinture algérienne

Dans sa conférence, Naget Khadda fera l’historique de la naissance de la peinture algérienne. La peinture de chevalets sera introduite dans les fourgons de la colonisation, dit-elle. Les premières œuvres seront inspirées de près ou de loin par la peinture orientaliste qui triompha au XIXème siècle. Il y eut aussi les peintres voyageurs qui séjournèrent plus ou moins longtemps en Algérie, les locataires de la villa Abdeltif et les Européens natifs de l’Algérie. On pourrait dire que la peinture algérienne à ses débuts fut « une excroissance de l’histoire picturale européenne avec ses codes et ses références »ne manque-t-elle pas de souligner. Cette peinture se régénéra en Algérie au contact des paysages et des arts locaux. Le début du XXème siècle donna lieu à une timide intrusion des indigènes dans la sphère de l’autre.

Dans les années 50, la peinture algérienne se constitue. Khadda rencontre Louis Nallard, peintre célèbre pour son attitude libérée de l’école de Paris, mais il fait surtout son initiation en solitaire dans les musées, les galeries et La Bibliothèque Nationale. Il commence à peindre des œuvres figuratives comme l’a montré la rétrospective que lui a consacrée le musée des Beaux Arts d’Alger en 2006 et c’est à Paris qu’il décroche de la figuration. Il s’exprime à ce sujet toujours dans Eléments pour un art nouveau : « On a coutume de définir un peintre par l’aspect formel de son œuvre. A partir d’une première lecture du tableau on dira par exemple, un tel est abstrait, un tel est figuratif. Cette méthode de classification est superficielle. Elle laisse supposer par l’emploi abusif du terme abstrait qu’il existe à l’opposé une peinture concrète figurative. » et il énonce alors ce jugement : « toute peinture est par définition abstraite car elle est autre chose que le réel brut, même si elle se donne pour but de représenter avec fidélité ce réel. Ce qui compte, c’est le contenu et surtout son élaboration.

Le mot élaboration est essentiel ici car, comme le souligne Naget Khadda c’est une idée , un concept qui vont prendre corps et forme dans l’harmonie des couleurs et des tracés. L’univers de Khadda va se construire en s’indexant sur le terroir et sur la mémoire.

En 1954, s’ il rompt avec la figuration, c’est qu’ il la ressent comme étrangère au rapport au monde des Maghrébins,  de l’esprit, de la tradition, de la sensibilité et de la culture du Maghreb. Ayant découvert combien les peintres occidentaux (de Matisse à Mondrian en passant par Peul Klee) se sont imprégnés de l’art arabo-berbère, Khadda revendique haut et fort son enracinement. Il prend appui sur l’expressivité de la graphie arabe. Son travail est comparable à celui que Zao Wou Ki poursuit dans le champ de l’écriture chinoise. Une fine écriture cursive envahit ses toiles épousant en quelque sorte la dynamique du travail d’un Bissière ou d’un Manessier. Cette grille première s’enfonce dans le minéral et le végétal. L’écriture se mêle aux failles des falaises, aux cailloux des oueds, aux nœuds des  branches et des racines pour dire comment le peintre voit le monde. Dans le sillage de l’arbre et surtout de l’olivier pour lequel il avoue une préférence marquée, il poursuit la trace d’une écriture inédite ce qui lui ouvre une large lisibilité des choses. C’est en ce sens, parce que cette peinture est une façon d’être - au–monde qu’elle décrit et qu’elle célèbre que l’on pourrait parler d’abstraction lyrique .

 La conférence s’est poursuivie par une projection d’images des oeuvres du peintre commentées par Naget Khadda. Pratiquement toutes les oeuvres ont des titres. Certains plus longs sont comparés par la conférencière à une scénographie car ils inspirent notre lecture des toiles et des aquarelles et guident notre rêverie.

 

La peinture de Khadda

 

Au fur et à mesure défilent devant nos yeux de fragiles cadastres qui numérisent le monde, aussi bien des paysages, plaines, champs, villes, buissons que des images, des atmosphères, des sensations, des perceptions, les constructions des hommes, les rumeurs, tout un monde  qui s’intitule :  Confluence,  Olivier aube, Olivier signes, Envoi de signes, Mémoire clairière, Saisons fiancées, Talisman, Oued Chlef, Calligraphie des algues, Après la pluie, chuchotement, Annonce  du printemps, Soleil d’Aôut , Toujours la terre s’offre aux semailles,  Conte d’Orient …. Les titres disent l’œuvre, la décrivent pour nous.

Pas plus que le peintre ne reproduit les paysages pour eux-mêmes, il n’use de la calligraphie pour elle-même. C’est dans sa perpétuelle mouvance et sa perpétuelle métamorphose qu’il s’attache à travailler la lettre, à capter les instants fugitifs que nous offre la réalité.

En même temps et comme par la force de sa démarche, son horizon s’élargit sans cesse touchant aux frontières d’autres écritures . Il mène une réflexion sur la circulation des écritures et des cultures, El Wassiti, Mondrian, les idéogrammes chinois, le Tassili, l’écriture koufique magrhibi.. Sa pratique picturale s’accompagne en permanence d’une conceptualisation, d’interrogations, d’allers et retours. La réflexion impulse l’oeuvre picturale.

 

 

Un homme engagé

La quête de Khadda est à la fois une recherche singulière et une expérience solidaire. C’ est un humaniste engagé dans sa recherche esthétique mais qui se sent toujours impliqué dans le devenir de la cité. En témoignent ses choix personnels, ses prises de position politiques comme son adhésion au Parti communiste, ses recherches esthétiques contre l’exotisme et l’arabesque, existentielles contre les verrous de l’imaginaire. Les oeuvres torturées, inquiètes, s’organisent autour  d’un piège. Elles racontent les souffrances de notre époque, l’agression contre la Palestine, la torture qui fut infligée à son ami Bachir Hadj Ali, le quotidien morose, les tourments de l’âme, l’apothéose de la souffrance comme il l’écrit lui-même.. Les oeuvres rayonnantes entretiennent une attente ou une réminiscence , un écho, un appel, une Méditerranée  sereine, un printemps prometteur…un espoir

Pour conclure, mais non terminer car cette conférence se voulait surtout une introduction et une incitation à déchiffrer cette œuvre, Naget Khadda a lu quelques extraits de textes consacrés au peintre. Nous retiendrons ces phrases de Bachir Hadj Ali, écrites en 1983 :

« Khadda est au centre névralgique d’un combat pour l’art vivant, ancré profondément dans nos pratiques quotidiennes et surgi de notre environnement. (…) Khadda exhume avec tendresse nos richesses. Il capte les sources qui distillent les tensions fortes ou les accords tempérés. Il polit, il cisèle amoureusement l’espace pour de jeunes ballerines. Il décèle le moment qui réveille les pierres et leurs chants multipliés, l’art des grottes, la danse du figuier et de l’olivier sur les rythmes de Hadawas( …) sans cesse, sur les chemins escarpés de l’art, son souffle au parfum des sommets et des algues nous entraîne sur les traces fondamentales (…) ce n’est pas la vision de l’œil qui est copiée, c’est le plané des rêves multiples qui s’imposent. »

 Laissons nous entraîner dans ses rêveries.

                                                                                        Amina Azza Bekkat

 

                                Oui, laissons nous entrainer dans ses rêveries...en contemplant des photos de la peinture de M.Khadda prises comme exemples ; elles sont mal valorisées ci dessous,  mais elles illustrent bien le message de l'oeuvre toute entière-message qui entretient, répétons le après A.Bekkat "une attente ou une réminiscence, un écho, un appel, une Méditerranée sereine, un printemps prometteur...un espoir" -oeuvre qui, comme restituée par N.Khadda, rend"la peinture à sa plus lointaine mémoire" .                                   M.T.Achour

                                                                                          

1- Âpre Afrique: Cette aquarelle de 64 x 64cm, exécutée à Alger en 1974 joue sur l'économie de la couleur et la richesse de la texture (aquarelle rehaussée d'encre et de pastel ) pour introduire à une Afrique difficile d'accès pour celui qui ne sait pas voir sa transparence et sa luminosité par delà son aspect sombre .

            2-Méditerranée                                                            

                                                                                   

              3-Aux sources du sel : 36 x 26  cm . Exécutée en 1989, cette aquarelle allie la solidité de la structure à l'harmonie des couleurs pastel pour ressusciter le rêve ancien des précieuses caravanes convoyant les richesses d'antan .                                                         

                                   

                                                                                                                     4-Banlieue crépuscule

                                                                                     

                                                                                   

      5-Dérive de pierres : triptyque de 3 ( 94 x 73 ) achevé à Alger en 1990 . Le titre est emprunté à un poème de Michel George Bernard , grand ami du peintre . Il rend compte d' une proximité de sensibilité et d'une communauté de choix esthétiques qui disent bien l ' universalité des langues artistiques . Les pierres et les ronces sont , pour le poète comme pour le peintre des formes élémentaires de l'écriture par laquelle, ils essaient l'un et l'autre,de déchiffrer le monde . 

                                                                                    6 - Djebaren

                                                                                                   

                                                                                

      7 - Psalmodie pour l'olivier :  L'olivier est le thème de prédilection de l'artiste qui y trouve matière à décliner son écriture personnelle du monde en même temps que la configuration torturée de cet arbre lui offre un support précieux pour les métamorphoses des formes qui peuplent son imaginaire .

                                                                                                                                  8 - Maghreb bleu

                                                                                                                           

    9-Méridien zéro : Toile de 100 x 81cm , exécutée à Paris en 1958 . Le titre fait allusion à l 'embouchure de la Chiffa à proximité de Mostaganem qui se situe sur le méridien de Green

wich .Le peintre s'étant écarté depuis 1955 de la représentation figurative , cherche sa voie tandis qu'à Paris une pléïade de peintres venus de tous les horizons donnent à la capitale

française tout son lustre de place forte de la création picturale . Cette toile s'inscrit nettement dans la mouvance de l'école de Paris et, plus précisément de Bissière, voire de Manessier                     

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                       

    10 - Midi en steppe : 26 x 20 exécutée en 88 . Donne à voir le triomphe de la lumière quand le soleil au zénith dénudeles paysages et les restitue à leur simplicité première.

En somme une écriture magistrale et essentielle .

                                                                                                     

    11 - Olivier astre

12 - Oued R'mel .

                                                                                    13 - Quai aux fleurs .

                                                                                                                                                          

    14 - Solstice d'hivers .

 

  

 

               15 - Vent du Sud .

                                                                                                                                         

                                                                                                                    

                                                                                                                 

 

 

                              

            

                                                                                                                                                                                                                                       

 

                                                                                                                                                  

    

 

 

 

 

                                                                                                                         

                                                                                                          

 

 

 

 

 
Les peuples n’existent que par leur mémoire