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                                                                Compte rendu de la manifestation par Karima Bounoua

L'Association Mémoire  de la Méditerranée a organisé une table ronde, le jeudi  9 février, à 14h au CRIDSSH à Oran, rencontre animée par Mohamed Tayeb Achour, Président de l'Association et des conférenciers universitaires. Le thème en était :

La poésie orale de Sidi Lakhdar Benkhlouf

 

Après quelques mots de bienvenue au public, Khaled Mokhtari, membre actif de l’association, a  souhaité la bienvenue à Mr. Achour, venu d’Alger pour encourager les membres de  cette association à Oran et à Mansour Benchehida, du département de français de Mostaganem.

La parole fut donnée au président de l’association qui a remercié les invités pour leur présence et le Directeur du CRIDSSH, le Pr Nadjah, pour avoir bien voulu organiser cette rencontre, le jour de l’Achoura, ainsi que Madame Bounoua, représentant l’Association dans l’Oranie, pour son dynamisme et le choix de ce thème.

Après qu’il ait présenté brièvement l’association, cette dernière a pris la parole  pour tenir un bref discours axé principalement sur l’intérêt que porte  un grand nombre de chercheurs de l’Ouest du pays à Lakhdar Benkhlouf  et la marque de son œuvre restée indélébile dans le cœur d’un grand nombre d’adeptes et qui dépasse  les frontières de la région mostaganémoise. Il faut dire que ce type de poésie fait partie de la mémoire collective et que sa transmission s’est toujours faite par la voie de l’arabe dialectal.

Sur cette lancée, M.Benchehida a entamé  la lecture de son exposé - dont les lignes essentielles sont reprises intégralement ci-dessous -, tout en commentant certains passages :

 

                                                                    Texte de la Conférence

 

« Sidi Lakhdar, le gardien du Dahra, de son vrai nom Abou Mohamed Lakhal Ben Abdellah Benkhlouf El Maghraoui est le plus grand et le plus connu des aoulia. Descendant de la noble tribu des Zaafria, il a vécu 125 ans et 6 mois dont une bonne partie à Mazagran comme il le dit dans son poème testament :

« J’ai vécu 125 ans bien comptés

Et j’ai ajouté après cet âge, six mois »

Considéré comme l'un des sept gardiens de la ville de Mostaganem, il est connu et apprécié dans tout le Maghreb grâce à sa poésie.

Il a écrit des milliers de vers où il raconte parfois sa vie et ses aventures, mais systématiquement la gloire du Prophète, on le surnomma Meddah Errassoul, le laudateur du Prophète.

Il fut appelé Lakhdar au lieu de son vrai prénom Lakhal. Ceci est dû à une saine pratique recommandée par notre Prophète, il s'agit du bon « fell » la bonne augure qui pousse nos femmes à dire « rebh » (gain) pour évoquer « melh » (sel), à parler de « afia » (bonne santé) pour exprimer « nar » (feu) et donc le vert « Lakhdar » couleur de l'islam et de la paix fut préféré à « Lakhal », le noir des mauvaises pensées.

Ben Khelouf a vulgarisé la poésie populaire, le chiir el melhoun ; il a fait connaître les grands maîtres du genre comme El Maghraoui, El Mejdoub, Ennedjar, Sidi Maamar et beaucoup d'autres. Il est l’un des sept gardiens de la ville des Medjaher.

 

Sa famille

 

On connaît tout de sa famille, de son quotidien, sa mère  Kella, sa femme Guenou, sa fille Hafsa et ses quatre fils Mohamed, Ahmed, Habib et Belkacem sont mentionnés dans sa qacida testament,

« La mort est mon destin ainsi que la froide terre ».

A 50 ans, il alla au pèlerinage à Tlemcen chez le Cheikh Abou Mohamed Abdelhak Ben Abdrrahmane Ben Abdallah El Azdari El Ichbili que vous connaissez  tous sous le nom de Sidi Boumediene.

Dans sa qacida testament, il nous informe :

« Du huitième siècle j’ai passé quelques années

Les temps changent et l’ordre des choses se renverse 

J’ai achevé avec l’aide du Qoreïchite (le Prophète) le 9ème siècle »

 

Mais si pour le calendrier chrétien, le 9ème siècle se situe de 800 à 900, pour le calendrier hégérien le 9ème siècle  commence à partir de l’an 900. Sidi Lakhdar est donc né vers 899 H ( 1479) à la fin du 8ème siècle ; pour mourir à l’âge de 125 ans vers 1024 (1585). Selon le calendrier muslman, il a donc vécu tout le 9ème siècle comme il le précise lui-même. Il a donc été témoin de l'épopée de Mazagran, sans que son âge rende la chose invraisemblable.

 

La bataille de Mazagran

 

Dans son poème épique relatant la bataille de Mazagran qui s'est déroulée le douzième jour de Doul el qaada, 26 août 1558, il fait une description saisissante de vérité et de détails des participants et des événements. Cette bataille, où mourut le comte d'Alcaudette et qui s’acheva par la victoire sur les Espagnols, est une page glorieuse de nos ancêtres. Quant à la bataille de Mazagran, en réalité il y en eut trois : la plus célèbre  des batailles  se déroula en 1558 et nous en  connaissons tous les détails grâce à celui qu’on surnommait Meddah errassoul.

Sidi Lakhdar disait :

« Si tu avais vu ce qui s’est passé

Dans cette nuit de combat

Ne manquait que le père des deux Hassan

De la kouba de Bouasria, patron de la ville

Jusqu’à la direction de la kibla, dispersés

L’ennemi fuyait la teneur du combat

Hurlant à qui voulait l’entendre

Et les têtes s’envolaient comme des têtes de moutons »

 

Le palmier

 

Lakhal des Khelouf a planté un palmier qui a dépéri aussitôt. Les disciples ont donc demandé l’autorisation d’arracher la souche. Le maître a prédit et a dit alors : « le Maghreb connaîtra mon nom à travers mes louanges au Prophète, on connaîtra ma tombe grâce à ce palmier que vous dites mourant. Il nous survivra et aura la forme tourmentée des époques à venir ».

 

 

Après cette présentation, K. Mokhtari de l’Université d’Oran Es-Sénia a lu  quelques poèmes de ce grand maître de la tradition orale, à un public curieux et amoureux du Chiir el Melhoun ; tout en insistant sur les efforts déployés par les membres actuels de l’association afin que  la culture  locale  soit vue  autrement que par le passé, dans un contexte et un regard méditerranéens.

Le débat avec le public a été passionnant. En effet, quelques enseignants présents  ont regretté que le patrimoine immatériel de notre pays ne soit pas reconnu à part entière, alors qu’il représente indéniablement une composante profonde de l’identité toujours à redécouvrir et à construire de l’Algérie.

 

N’oublions pas d’informer qu’un groupe  d’Etude et de Recherche sur le Melhoun existe au CRASC depuis quelques années et travaille dans ce sens : faire connaître  l’œuvre des grands Cheikhs comme Charef Bentakkouk, Mostefa Ben Brahim, etc.

Le débat a permis de dégager l’idée que ce patrimoine culturel  devrait être vulgarisé par le biais de l’Ecole, pour les jeunes  mais aussi pour tous.

De l’avis d’un grand nombre de participants, ce fut une rencontre instructive et agréable ; des dépliants présentant l’Association ont été mis à la disposition des invités. L’objectif recherché, souligner le lien étroit qu’une  poésie orale peut entretenir avec la mémoire, a été atteint.

Notons que l’événement a été spécialement bien couvert par le journal, L’Echo d’Oran, grâce à Rachid Mahi qui a édité un article fort intéressant, le samedi 6 février 2006, intitulé « le chant oral de sidi Lakhdar  Benkhlouf » et qui fut un compte-rendu fidèle de l’atmosphère de cet après midi littéraire.

 

                                                            

Les peuples n’existent que par leur mémoire